Ici inutile de revenir sur le succès commercial, déjà largement commenté, rencontré par  Apple avec les versions successives de l’iPhone. Mais plutôt de s’intéresser à ces « prisonniers de l’iPhone » : ces possesseurs d’iPhone qui expriment l’envie de changer de mobile mais qui ne savent pas vers quel mobile se tourner, à qui peu d’alternatives crédibles sont offertes, un paradoxe dans un marché de la téléphonie mobile en mutation constante et où l’offre se renouvelle en permanence.

Depuis maintenant plus d’une décennie, les clients mobile français ont été habitué au renouvellement de mobile, argument souvent décisif, abondement utilisé par les opérateurs de téléphonie mobile dans les processus de fidélisation ou de conquête de nouveaux clients. Une large majorité des clients français a ainsi pris l’habitude de changer de mobile assez fréquemment : en moyenne tous les 18 mois.  Les possesseurs d’iPhone expriment également la volonté de changer de mobile malgré un attachement évident à leur terminal et en dépit d’une reconnaissance forte des différents plus produit apportés par l’iPhone.

Quasiment deux ans après l’arrivée de la première version du terminal et plus d’un an après l’arrivée de l’iPhone 3G en France (soit plus que la période minimale d’un an d’engagement chez un opérateur mobile suite à un renouvellement ou l’acquisition d’un mobile) certains possesseurs du smartphone d’Apple se retrouvent dans une situation paradoxale. Plus par habitude que par besoin, ces utilisateurs aimeraient changer de mobile, mais ceux-ci se retrouvent « bloqués » :

  • aucun des terminaux mobiles présents actuellement sur le marché français ne représente une alternative complète à l’iPhone ;
  • l’iPhone 3G S n’apporte pas suffisamment d’innovations qui permettent de justifier un investissement d’environ 200 euros et un réengagement auprès d’un opérateur, pour de nombreux utilisateurs.

 

Ces utilisateurs se retrouvent donc prisonniers de leur iPhone. Apple a su « enfermer » les possesseurs d’iPhone dans sa galaxie :

  • par l’avancé technologique que représente l’iPhone (écran tactile multipoint garantissant une véritable expérience utilisateur de l’Internet mobile) ;
  • par l’écosystème innovant lié au terminal (l’App Store n’a pas d’équivalent en terme de taille ni en terme de qualité parmi les différentes plateformes de téléchargement d’applications) ;
  • par le « pouvoir image » de son smartphone (l’iPhone jouie d’un pouvoir de reconnaissance sociétal conséquent).

Il est possible de dresser un parallèle avec l’univers du PC qu’il soit fixe ou portable, marché ou Apple a établi une seconde voix : les macs contre le reste du monde. L’adage veut que lorsque l’on fait l’acquisition d’un PC Apple, on ne revient presque jamais en arrière : on n’achète plus de PC équipé de système d’exploitation Windows par exemple.

La dichotomie n’est pas encore aussi forte dans l’univers de la téléphonie mobile, mais suffisante pour créer un sentiment de frustration et « d’enfermement » chez ces « prisonniers de l’iPhone ».

Cette dichotomie qui s’installe progressivement est aussi le fait d’une concurrence qui pour l’instant  ne répond pas d’un point de vue marketing  et technique aux besoins crées par Apple. Peu d’alternatives sont aujourd’hui offertes à ces « prisonniers »:

  • RIM, les terminaux BlackBerry, véritable stars dans le domaine de l’entreprise, semblent être la seule alternative crédible à date pour les possesseurs d’iPhone, avec une gestion des mails supérieure à celle de l’iPhone et une ergonomie des terminaux convenable ;
  • Android, les terminaux mobiles équipés du système d’exploitation de Google lancés sur le marché français souffrent de gros handicaps : une lenteur chronique et une finition physique des terminaux très basique ;
  • Nokia, le géant finlandais crée certainement les smartphones les plus aboutis et étoffés techniquement à l’image du tout récent Nokia N97. Mais les smartphones de Nokia souffrent de deux maux récurrents : une interface utilisateur jugée peu ergonomique et une esthétique limitée, les smartphones Nokia n’ont pas le pouvoir « eye catchy » de l’iPhone ;
  • Windows Mobile, comme le reconnait Steve Balmer, le CEO du géant américain, le système d’exploitation Windows mobile 6.0 est en retard et ne peut soutenir la comparaison avec les iPhones. Microsoft espère se relever avec  la version 6.5 de son OS mobile mais surtout avec Windows Mobile, le pendant mobile de Windows 7.

La « porte de sortie » pour les possesseurs d’iPhone viendra peut être du nouveau Palm, le Pré, qui outre-Atlantique est considéré comme une véritable alternative à l’iPhone et qui a rencontré un enthousiasme comparable, dans une certaine mesure, à celui rencontré par l’iPhone lors de sa sortie: queues devant les magasins le jour de la sortie et euphorie des développeurs autour du marché d’applications. Les acheteurs français devront patienter jusqu’à la fin du 4ème trimestre pour voir arriver le Pré sur le territoire français et peut être oubliés cette situation paradoxale dans laquelle se trouve certains possesseurs d’iPhone.

Dans cette attente, les possesseurs d’iPhone pourront garder leur mobile ou faire l’acquisition du 3G S et de sa fonction vidéo, en version blanche pour ceux qui possèdent  un iPhone noir (et vice et versa) afin d’accentuer  l’ampleur du changement d’un point social. Des mobiles de couleurs et la possibilité de réaliser des vidéos, deux « innovations »  qui nous renvoient directement au début des années 2000, soit quelques siècles en arrière en matière de téléphonie mobile.